Une semaine après avoir chacun remporté leurs combats lors de l’ARES Fighting 28 au Palais Nikaïa à Nice, Sofiane Boukichou et Axel Sola profitent toujours de leur succès devant leur public. Le premier revient sur l’émotion qui était la sienne après un premier combat devant son « héros », son père. Il se dit même prêt, malgré ses 38 printemps, à affronter Aboubacar Bathily, le champion des poids lourds de l’organisation. Tandis que pour Axel Sola avec cette troisième défense de titre victorieuse des poids légers, les ambitions vont bon train et les envies d’UFC sont dans un coin de sa tête… Les deux hommes étaient les invités de l’épisode 10 d’Azurement Sport.
Arrivez-vous à redescendre de cet événement ?
S.B : C’est toujours une satisfaction de remporter la victoire, surtout à la maison. Mais il faut prendre conscience que ce soit une défaite ou bien une victoire, il faut toujours analyser les erreurs que l’on fait, analyser le combat. Garder les bonnes choses mais analyser les erreurs et repartir très rapidement à l’entraînement pour revenir plus fort.
A.S : Après la victoire effectivement c’est agréable comme moment mais on voit notre carrière sur le long terme et très vite en MMA on doit être amené à se réentraîner. Il y a vraiment deux phases d’entraînement, celle que l’on a quand on prépare un combat et celle que l’on a quand on n’a pas de combat en approche. C’est deux manières très différentes de gérer l’entraînement, de par le volume et l’intensité. J’ai très envie de me retrouver dans cette phase hors combat, parce que c’est une phase où on progresse le plus, où on accumule un maximum de nouvelles choses d’un point de vue technico-tactique.
Sofiane, vous avez 38 ans, était-ce le combat le plus mémorable de votre carrière ?
S.B : Oui. Parce que c’était mon 22e combat professionnel et c’était mémorable au niveau des supporters. C’était la première fois que je combattais à la maison, sur la terre niçoise et pour moi c’était quelque chose d’exceptionnel. Surtout car c’était la première fois que mon père venait me voir. Il a toujours assisté devant son écran et là c’était une force et une satisfaction énorme. Si aujourd’hui je dois raccrocher les gants je peux les raccrocher sans problème parce que ce soir-là j’ai vécu quelque chose d’énorme et il me fallait ça dans ma carrière. C’est tout ce que je demandais, que mon père soit là. C’est un peu mon héros. On a toujours un exemple, moi c’est vraiment mon père mon exemple et le rendre fier c’est une grosse fierté pour moi.

« Si aujourd’hui je dois raccrocher les gants je peux les raccrocher sans problème parce que j’ai vécu quelque chose d’énorme«
C’est assez rare d’être à ce niveau là à votre âge dans ce sport si exigeant physiquement. Avez-vous l’impression de vous bonifier comme le vin ?
S.B : Oui et non parce que j’ai commencé tard le MMA. Je faisais du rugby et c’est maintenant que je me sens beaucoup plus confiant et serein dans la cage et surtout avec Aldric Cassata qui a beaucoup amélioré sa manière d’entraîner où il y a beaucoup de nouvelles choses qui sont intéressantes et c’est vrai que ça nous fait progresser. À 38 ans je me sens encore en forme et c’est pas près d’en finir.
Le MMA niçois le vent en poupe. Il y a vous deux mais aussi Manon Fiorot et Virgil Augen. Quel est le secret de la Boxing Squad ?
A.S : C’est une équipe. Le MMA est souvent présenté comme un sport individuel mais on est tous là les uns pour les autres pour s’entraider, se pousser vers le haut et devenir de meilleurs combattants. Je pense que la différence entre le Boxing Squad et les autres équipes c’est qu’il n’y a vraiment aucune malveillance dans l’équipe. On est vraiment tous des frères à se pousser vers le haut. C’est une des raisons du succès des combattants de notre club.
Et le club va passer dans une autre dimension avec une nouvelle salle 100% dédiée au MMA à Nice-Valley…
A.S : Je n’en sais pas grand-chose encore mais l’idée c’est que celle-ci soit ouverte dès le début de l’été et qu’elle sera très grande avec des dortoirs dedans. Cela va nous faciliter le fait de faire venir des sparrings partners de différents endroits pour nous aider dans la préparation.

« La ville de Nice peut devenir un pôle majeur du MMA en Europe. On a tout pour : le staff, les combattants et le soutien nécessaire«
Avec ces projets de grande ampleur, peut-on dire que Nice est la ville du MMA français ?
A.S : Peut être pas encore aujourd’hui mais elle peut le devenir. La ville peut même devenir un pôle majeur du MMA en Europe je pense. On aura tout pour : le staff, les combattants et le soutien nécessaire pour, donc l’avenir nous le dira…
Axel, vous commencez le MMA à 15 ans alors que la pratique de ce sport est interdite en France. Comment s’entraîner ce contexte d’interdit ?
A.S : C’est la compétition qui était interdite. L’entraînement était autorisé et puis l’entraînement ça n’a pas beaucoup changé depuis que c’est légal. On a des entraînements de boxe, de lutte, de sol et d’autres où on mixe un peu toutes les disciplines du MMA. Là où j’ai vu vraiment une différence suite à la légalisation c’est le projecteur qui a été mis sur les combattants français. Jusqu’alors on était totalement ignorés des médias et maintenant on peut exister en pratiquant ce sport. Cela veut dire qu’on a une visibilité et quelque chose à offrir aux entrepreneurs du MMA.
Comment arrivez-vous à décrocher du MMA dans votre quotidien ?
S.B : C’est un sport qui demande énormément de de temps de préparation mentale et c’est important de pouvoir décrocher parce que sinon on craque, comme tout le monde. Certains craquent dans le travail, nous on craque aussi dans le sport. On a deux bras et deux jambes, on a des problèmes, des hauts et des bas dans la vie et il faut savoir gérer tout ça. C’est très important de pouvoir se remettre en question de faire un pas de retrait, de réfléchir à toutes les situations pour faire face aux difficultés. Parce que si on apporte les problèmes de l’extérieur à la salle ça ne peut pas fonctionner, on n’est pas performant.
A.S : Personnellement je fais de la musique, plutôt du piano, du jazz et de la musique classique. J’aime cette stimulation intellectuelle et en même temps cela me sort du sport de combat. C’est une stimulation qui est toute autre à celle que j’expérimente tous les jours. Ça fait partie de la récupération.
S.B : Pour moi c’est la famille. Elle me fait vraiment déconnecter ainsi que mes projets professionnels qui m’aident à rebondir.
Désormais quelles sont vos ambitions pour la suite ? Sofiane, une revanche face à Aboubacar Bathily pour la ceinture des poids lourds de l’ARES est dans vos plans ?
S.B : Oui ! Je suis toujours dans la compétition, je me sens encore en forme même à 38 ans et je me donne les moyens tous les jours de pouvoir être au top. Il y a encore du travail mais aujourd’hui je veux être au top et j’ai les mêmes d’ambitions que celles que j’avais depuis le début. Et pour être au top il faut aller chercher le champion. Aujourd’hui le champion par intérim c’est Xavier Lessou mais Aboubacar Bathily est le tenant du titre donc pour être champion il faut battre le champion.

« Je veux être au top et pour être au top, il faut battre le champion ! »
Et vous Axel, vous pensez à l’UFC ?
A.S : Effectivement, j’aimerais être sur une plus grosse plateforme de combat pour une simple et bonne raison que des potentiels succès sur une grosse organisation comme l’UFC, ça veut dire un plus gros retour, un plus gros gain. Mais pour l’instant la course n’est pas à savoir l’endroit dans lequel je combattrai mais elle est contre le temps et au niveau de la progression. Parce qu’une chose dont je suis sûr c’est que si j’atteins un niveau qui est vraiment hors norme pour ma catégorie de poids, tôt ou tard j’aurai le retour correspondant au niveau atteint. Donc je suis avant tout concentré sur mon entraînement, ma progression et la pédagogie afin de devenir le meilleur combattant possible.
Propos recueillis par Bastien Rague et Maxence Mullié