Sébastien Marcellini, la montagne en héritage

Ancien espoir du ski alpin azuréen, le jeune homme de 25 ans s’est reconverti entraîneur il y a quelques années. Remis d’une rupture des ligaments croisés, il continue à distiller ses conseils avisés.

Entre les palmiers du bord de mer, et les touristes en claquettes-chaussettes, on oublierait presque que les sommets enneigés du Mercantour se dressent dans l’arrière-pays niçois. Sébastien Marcellini, lui, connaît par cœur le chemin entre les plages de galets et les pistes glacées. Il l’a emprunté des centaines de fois, et bien avant de devenir le coach qui l’est aujourd’hui au Ski Club de La Colmiane, dans « sa » station.

De la neige dans les gènes

Cette histoire de famille, le jeune homme de 25 ans la conte avec la douceur qui l’a toujours caractérisé. « C’était un enfant très gentil » décrit son père, Jean-Pierre Marcellini, pas sans émotion. Mais attention, la gentillesse n’est pas hostile à l’ambition, et le paternel évoque un enfant « très têtu, parce que quand il avait une idée arrêtée, il s’y tenait ». Il faut remonter au grand-père paternel, Dominique Marcellini, pour comprendre comment le ski a bercé à vie le quotidien de la famille.

Dans les années 1980, il emmenait déjà ses enfants glisser sous les spatules et s’adonner aux joies de la randonnée. Sans un brin de hasard, son fils, Jean-Pierre, devient moniteur de ski fédéral, complémentaire de sa profession d’enseignant en EPS, au collège Don Bosco de Nice. Son épouse, Sylvie, suivra la même trajectoire dans le ski alpin, tout comme leurs deux premiers enfants, Elodie et Florent. Tous skieurs et moniteurs. Il n’y avait pas de raison que Sébastien, le cadet, échappe à la règle.

Entre mer et montagne

À trois ans, il dévale déjà sans difficulté des bosses sur les pistes rouges d’Isola 2000. Sa précocité impressionne. Vivant la semaine sur la côte, il grimpe tous les week-ends skier à Valdeblore, une commune située au pied de La Colmiane, où ses parents ont fait construire un chalet. Les sensations de liberté et ce goût pour la vitesse apparaissent. Et au cours de son année de CM2, cet admirateur de Marcel Hirscher va prendre un virage déterminant pour la suite de son parcours. Il intègre la section ski du collège de Saint-Etienne-de-Tinée, au-dessus de la station d’Auron.

À l’école du ski et de la vie

C’est le début de l’internat, « une expérience très marquante et importante » selon ses propres mots. Expérience qui durera sept ans. Car il traîne ensuite casque et bâtons « à la maison », au pôle espoir de Valdeblore, au sein du Lycée de la Montagne. De beaux résultats sont au rendez-vous, portés par un perfectionnisme de tous les instants. « C’était quelqu’un de très concentré au départ d’une course, qui arrivait à visualiser et à mémoriser complètement le tracé de A à Z » commente le père du skieur, aujourd’hui président du Ski Club de La Colmiane.

Des rêves et des doutes

Les rêves de gosses imaginants Coupe du Monde ou Jeux Olympiques font désormais office de défi, dont l’adolescent comprend le degré de difficulté. Pourtant, il conserve sa joie de vivre, et continue à s’accrocher. Cela paye, et le Niçois se voit offrir la possibilité de passer des tests pour intégrer le pôle France, à Albertville, en Savoie. Mais il ne franchira pas le pas. «J’ai privilégié les copains et mon environnement familial ». Un événement dramatique a également pu le pousser à rester auprès des siens, le décès de l’un de ses camarades, victime d’une sortie de piste. En classe de seconde à ce moment-là, Sébastien évoque une période «très difficile, mais qui a uni tout un groupe ».

Une nouvelle vie… dans le ski

Parfois, le natif de Nice pense au destin que la section savoyarde lui aurait dessinée, mais a du mal à parler de regrets, heureux de sa nouvelle vie. Parce qu’après avoir arrêté la compétition en 2017, suite au départ de son coach et mentor Michael Grave, il devient entraîneur à l’année dans son club de toujours, le Ski Club de La Colmiane. Depuis, celui qui est également un adepte du surf en mer, a beaucoup moins de temps pour skier. Il participe de temps à autre à des grands prix. C’est lors d’un challenge des moniteurs qu’il se rompt les ligaments croisés antérieurs du genou, en avril 2024, à La Plagne. Pour la première fois, il doit remonter la pente au lieu de la dévaler. Mais pas besoin de téléski, seul un optimisme débordant aura suffi pour Sébastien Marcellini.

Jules Cottalorda